Prof. Dr. Dorothee Kimmich

Événements

Ähnlichkeit/Similitude

Colloque du 7 au 8 décembre 2017 à l' Institut Culturel Franco-Allemand Tübingen.

Programme

Culture ou conflit - cultures de conflits. La Première Guerre mondiale un siècle plus tard.

Colloque du 14 au 16 mars 2013 à l'Université Aix-Marseille, Aix-en-Provence

La perception de la Première Guerre mondiale a subi une large européanisation accompagnée par l’occidentalisation de l’Allemagne. Les différentes réécritures ont contribué à désamorcer les conflits politiques et discursifs entre Français et Allemands. Contrairement aux différends après 1918 (le « Diktat », « le poignard dans le dos »/ » Dolchstosslegende ») qui font que la guerre enfante une autre, la Fischer-Kontroverse en 1961, les conceptions de la guerre civile européenne et de la guerre totale (Nolte et Furet) ainsi que les travaux sur les lieux de mémoire partagés comme Verdun et la Somme (Krumeich, Audoin-Rouzeau, Becker) ont apaisé les conflits des interprétations. Les recherches comparant la littérature de guerre et la littérature pacifiste des deux pays ont également bâti un socle commun des parties belligérantes, qui intègre des éléments mémoriels et devient même un héritage commun. Ce consensus franco-allemand est aujourd’hui symbolisé par la possibilité d’écrire des études et manuels scolaires franco-allemands.

Le calme qui règne dans le paysage de la recherche reflète largement la période de paix après 1945, survenue après la longue guerre civile européenne (1914-1945). Or, depuis la chute du mur de Berlin, la guerre est revenue en Europe et des guerres de types nouveaux ont vu le jour. Tout comme les trente glorieuses ne furent qu’un intervalle, la paix de la guerre froide s’est terminée. Aujourd’hui soldats français et allemands se battent - certes conjointement. Les visions du monde consensuelles – plus répandues dans l’Allemagne actuelle qu’en France – semblent devenir moins évidentes. La pensée agonistique n’est pas simplement réhabilitée mais la reconnaissance du fait agonal s’impose à nouveau. Elle se traduit aussi par une autre vue sur la Première Guerre mondiale rompant avec le consensus réconciliateur.

Le collège doctoral franco-allemand « Conflits des cultures/cultures de conflits » qui organise ce colloque se propose de décrypter le lien intime qui relie la culture et le conflit. Dans cette optique, le chercheur ne peut pas interpréter la Première Guerre mondiale uniquement comme accident, comme rupture civilisatrice et retour de la barbarie. Sans ignorer les différences entre les régimes plus ou moins autoritaires, la guerre peut être comprise comme élément inné de la culture européenne. Ceci est particulièrement palpable par le biais de la Première Guerre mondiale qui n’a pas de motifs réellement intelligibles – contrairement à la Deuxième guerre mondiale, qui fut une guerre finalement incontournable pour combattre le nazisme. Tout comme l’Europe a forgé des systèmes et concepts apparemment pacificateurs – unité chrétienne, paix d’Augsbourg, système westphalien, balance of power, libre commerce, modèles donnant un rôle hégémonique à une puissance, coexistence de blocs, société des nations, coexistence d’ethnies – elle ne mène pas uniquement la guerre, elle la pense également. La foi chrétienne exclut et divise, les nations réclament un droit sur l’autre, les cultures et ethnies s’inventent en construisant un ennemi …. La culture européenne est foncièrement régie par des « identités » conflictuelles et leurs interactions violentes et meurtrières. Ainsi, la Première Guerre mondiale n’est-elle pas uniquement la conséquence d’événements comme l’attentat de Sarajevo, les déclarations de la guerre, la violation allemande de la neutralité belge etc., c’est-à-dire la conséquence d’un échec de médiation politique ; elle reflète aussi fidèlement les tendances agonistes qui s’incarnent dans les politiques mais aussi dans les guerres culturelles de l’époque, les sciences humaines y compris l’art. Expliquer l’éclatement de la guerre à partir de la différence entre cultures belligérantes et cultures pacifistes est de moins en moins convainquant, vu qu’une époque de la convergence la précède, caractérisée par le darwinisme social, le Volkskrieg, l’expansion coloniale et la militarisation intérieure. Les discours légitimant la guerre relient les politiques aux langues, littératures et arts.

Il existe depuis quelques années une riche littérature portant sur le conflit dans le domaine de la philosophie et du politique (études de Mouffe, Badiou, Žižek, reprises en Allemagne et en Autriche par Bröckling, Marchart). Le collège doctoral privilégie les approches historiques, littéraires et « civilisationnistes » (kulturwissenschaftlich) et pose ainsi la question de savoir dans quelle mesure les facteurs culturels sont aussi constitutifs de la Première Guerre mondiale. Dans la mesure où ce colloque voudrait innover, les approches doivent prendre une perspective moins comparatiste que transculturelle. Ainsi les historiens ont-ils récemment identifié la cruauté à l’intérieur de la culture nationale des belligérants, comme l’illustre le sort des fusillés pour l’exemple des deux côtés, ainsi que les fraternisations, phénomènes qui dépassent la simple opposition entre bellicisme et pacifisme et resituent la question de la violence. Les analyses des cérémonies et lieux de mémoire partagés peuvent aussi briser une certaine routine. L’échec de la médiation met en question les figures et instances médiatrices mêmes (discours socialistes, religieux, humanistes…). Les médiateurs sont souvent d’excellents serviteurs de guerre. Au lieu d’opposer la littérature pacifiste et belliciste, les analyses peuvent se porter sur les grands romans de l’époque (« A la recherche du temps perdu », « Der Mann ohne Eigenschaften », « Der Zauberberg ») à l’aune de la guerre à venir ou en cours. Ils doivent interpréter le dilemme que la violence des avant-gardes – du futurisme au dadaïsme – orchestre la guerre. Le fait agonal que les ethnologues et sociologues de l’époque découvrent dans l’espace exotique trouve son expression la plus excessive en Europe même.

Le colloque est une manifestation commune des historiens et des spécialistes de Lettres et de Littérature comparée de Tübingen et d’Aix. Il doit représenter un événement marquant du nouveau collège doctoral franco-allemand et prolonger les Master cursus intégrés TuebAix et AIFA. Il intègrera deux tables rondes. La première tournera autour de conceptions de conflit ; le second donnera la parole aux anciens de TuebAix et AIFA.

Les actes du colloque paraîtront au numéro 66 (2014) des Cahiers d’Etudes Germaniques, c’est-à-dire au moment du centenaire de l’éclatement des hostilités.

Organisateurs :

ED Langues Lettres et Arts : EA 4235 CIELAM (Centre Interdisciplinaire d’Etude des Littératures d’Aix-Marseille), EA 4236 ECHANGES (Equipe sur les Cultures et Humanités Anciennes et Nouvelles Germaniques et Slaves),

EA Espaces, cultures, sociétés (pour les historiens et les historiens de l’art) : TELEMME (Temps, Espaces, Langages, Europe Médiévale – Méditerranée) ;

Graduiertenkolleg « Konflikt der Kulturen/Kulturen der Konflikte » (Tübingen).

Bibliographie :

Stéphane Audouin-Rouzeau/Annette Becker/Christian Ingrao/Henry Rousso (éds), La violence de la guerre 1914-1945, Ed. Complexe, 2002.

Nicolas Offenstadt , 14-18 aujourd’hui. La Grande Guerre dans la France contemporaine, Odile Jacob, 2010.

Id., Les fusillés de la grande guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999.

Jean-Yves Le Naour, Fusillés. Enquête sur les crimes de la justice militaire, Larousse, 2010.

Ulrich Bröckling/Michael Sikora (éds.), Armeen und Deserteure. Vernachlässigte Kapitel einer Militärgeschichte der Neuzeit, Vandenhoeck und Ruprecht, Göttingen, 1998.

Christoph Jahr, Gewöhnliche Soldaten. Desertion und Deserteure im deutschen und britischen Heer 1914-1918, Vandenhoeck und Ruprecht, Göttingen 1998.

Johne Horne (éd.), Vers la guerre totale. Le tournant de 1914-15, Tallandier, 2000.

Gerd Krumeich (éd. avec Vittória Borsò et Bernd Witte), Medialität und Gedächtnis. Interdisziplinäre Beiträge zur kulturellen Verarbeitung europäischer Krisen, Stuttgart/Weimar 2001.

Id. (Hg.), Versailles 1919, Klartext Verlag, 2001.

Id. (éd., avec Jost Dülffer, Der verlorene Frieden. Politik und Kriegskultur nach 1918. Klartext Verlag, Essen 2002.

Id. / Susanne Brandt, Schlachtenmythen. Ereignis – Erzählung – Erinnerung (mit Susanne Brandt), Köln u.a. 2003 (= Europäische Geschichtsdarstellungen, 2).

Id. (éd. avec Gerhard Hirschfeld und Irina Renz), Enzyklopädie Erster Weltkrieg, Schöningh, Paderborn, 2003.

Id. (éd., avec Gertrude Cepl-Kaufmann et Ulla Sommers), Krieg und Utopie. Kunst, Literatur und Politik im Rheinland nach dem Ersten Weltkrieg, Klartext Verlag, Essen 2006.

Id. (éd. avec Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean Richardot), Cicatrices. Paysages de guerre, Tallandier, 2008.

Id. (avec Jean-Jacques Becker), La Grande guerre. Une histoire franco–allemande, Tallandier, 2008 (en allemand : Der Große Krieg. Deutschland und Frankreich 1914–1918, Klartext Verlag, Essen, 2010).

Benoît Majerus/Sonja Kmac/Michel Largue/Pit Péporté (éds.), Dépasser le cadre national des lieux de mémoire/Nationale Erinnerungsorte hinterfragt, Lang, Bruxelles, 2009.

Karl Prümm, Die Literatur des soldatischen Nationalismus der 20er Jahre. Gruppenideologie und Epochenproblematik, 2 Bde, Kronberg/Taunus, 1974.

Klaus Vondung (éd.), Kriegserlebnis. Der Erste Weltkrieg in der literarischen Gestaltung und symbolischen Deutung der Nationen, Vandenhoeck und Ruprecht, Göttingen, 1980.

Jean-Jacques Pollet/Anne-Marie Saint-Gille (éds.), Ecritures franco-allemandes de la Grande Guerre, Artois, Presses Université, Arras, 1996.

Michael Jeismann, Das Vaterland der Feinde, Klett-Cotta, Stuttgart, 1992.

Jörn Leonhard, Bellizismus und Nation, Kriegsdeutung und Nationsbestimmung, Europa und die Vereinigten Staaten 1750-1914, München, Oldenbourg, 2008.

Barbara Besslich, Wege in den Kulturkrieg. Zivilisationskritik in Deutschland 1890-1914, Darmstadt, 2000.

Christa Karpenstein-Essbach, Orte der Grausamkeit. Die neuen Kriege in der Literatur