Blandine Leroy
Bonjour Elsa, un grand merci de m'accorder cette interview.
Alors peut être que j'aimerais commencer en te demandant de te présenter, de m'expliquer un peu ton parcours scolaire et universitaire jusqu'à maintenant.
Elsa Berton
Oui, bien sûr. Bonjour Blandine, je te remercie pour cette question et je suis ravie de faire cette interview avec toi aujourd'hui. Je m'appelle Elsa et pour résumer un peu mon parcours, j'ai fait une section européenne allemand pendant mes années au lycée et après l'obtention du baccalauréat, j'ai commencé une licence LLCER en allemand à l'Université d'Aix en Provence.
Et au cours de cette licence, j'ai effectué deux semestres à l'université d'Hambourg afin de perfectionner ma maîtrise de la langue allemande parce que je ne suis pas franco-allemande, je suis française.
Blandine
Et je peux te demander quelle a été cette motivation de s'intéresser à la langue allemande ?
Elsa
Alors je pense que j'ai eu des professeur.e.s dans le secondaire qui étaient très impliqué.e.s et qui ont toujours enseigné l'allemand avec passion. Tous les ans, on avait la possibilité de faire un échange en Allemagne. Moi, j'étais à l'école à Vinon-sur-Verdon et à Manosque et je pense que ces échanges ont été extrêmement bénéfiques parce que j'ai eu des amis allemands et j'avais envie de pouvoir communiquer avec eux, d'échanger,donc c'était une motivation supplémentaire pour apprendre la langue.
Je pense que c'est là que tout s'est créé. C'est à dire que j'avais des amis en Allemagne, je voulais leur parler, je voulais les voir souvent. C'est de là qu'est né cet amour pour l'Allemagne.
Blandine
Et donc c'est la première ville dans laquelle tu as été de façon un peu prolongée, c'était Hambourg. Alors.
Elsa Berton
Alors oui, là ça a été Hambourg, donc deux semestres à Hambourg. Mais sinon, la première fois que je suis partie en Allemagne, c'était à Drochtersen, en Niedersachsen dans le nord de l'Allemagne et après je suis restée dans le Nord. Quand j'ai fait mes deux semestres à Hambourg, c'était dans le nord également.
Blandine
Ok. Et ensuite, alors ?
Elsa
Alors ensuite, j'ai poursuivi mon parcours avec le Master EIFA. C'est un master d'études interculturelles franco-allemandes et ce cursus m'intéressait, parce qu’il s'agissait d'un double cursus entre Aix en Provence et Tübingen, et les cours étaient interdisciplinaires et variés. C'est un master qui s'orientait vers la recherche et ça correspondait à un projet professionnel.
C'est à dire recherche et enseignement. C'est pour cela que je me suis dirigée vers ce master et à l'issue de ce master, un professeur de l'université de Tübingen, Monsieur Heslault m'a accordé sa confiance et m'a permis d'enseigner le français au sein de l'université de Tübingen. J’ai fait cela pendant une année et j'enseignais également à l'Institut français de Tübingen.
Oui, je dirais que cette expérience, a confirmé mon attrait profond pour l'enseignement. À ce moment-là, j'ai décidé de me consacrer pendant toute une année au concours de l'enseignement et j'ai également décidé d'élaborer, parallèlement à cette préparation au concours, un projet de thèse afin d'obtenir un contrat doctoral et un financement.
Blandine
Donc tu arrives chemin faisant au niveau de cette thèse. Et comment on décide de faire une thèse ? Et pourquoi après je vais nommer le titre de ta thèse mais peut être que tu pourrais nous expliquer comment ça fonctionne, comment on décide de faire une thèse parce que c'est quand un long parcours.
Et ceci dans 2 langues donc c'est sûrement assez compliqué à réaliser. C'est un challenge, non ?
Elsa
Oui, c'est vrai, mais je savais que je voulais enseigner à l'université. Donc une thèse, finalement, quand on veut enseigner à l'université, c'est nécessaire. Et comme je ne savais pas vraiment dans quel pays je voulais vivre, dans quel pays je voulais travailler une cotutelle de thèse, ça permettait aussi de pouvoir intégrer l'un des deux pays sans grande difficulté parce que mon diplôme est reconnu, que ce soit le Master EIFA, parce que c'est un double cursus, c'est un double diplôme et la thèse. Après on en parlera mieux de la cotutelle. Ce qui était important pour moi, c'est qu'aucune porte ne soit fermée, que ce soit du côté allemand ou du côté français.
Blandine
Alors ça, c'est super. J'ai noté ton sujet de thèse : Entre inimité et intimité. La représentation des liaisons de cœur et de corps entre Français et Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, dans la littérature française et allemande. Alors Elsa, pourquoi ce sujet et qu'est ce qui t'a motivé pour te consacrer à cette thématique ?
Elsa
Oui, Alors ce que je voulais aussi dire, c'est que quand on élabore un sujet de thèse, après je vais parler de mon sujet et de pourquoi j'ai choisi ce sujet. Mais ce qui est important, c'est que mon sujet, je m'y suis préparée pendant une année. Ce que je conseille à toutes les personnes qui souhaitent faire une thèse, c'est vraiment de s'y préparer longtemps avant, parce qu'il faut vraiment avoir un projet solide pour avoir une chance d'avoir un financement.
Il faut avoir un professeur qui nous soutient dans cette démarche. Moi, ça a été Madame Colin, qui est professeure à l'université d'Aix-en-Provence, qui m'a vraiment accompagnée dans cette démarche. Puis après, une autre professeure s'est également intéressée à mon sujet, il s’agit de Madame Kimmich à l'université de Tübingen. Voilà, je dirais que c'est très important déjà d'avoir cette base-là,
Au moment de postuler, si on veut avoir une chance d'avoir un contrat doctoral, il faut être soutenu par un professeur et qu'un professeur croit en notre projet de recherche.
Blandine
Et c'est ce que vraiment tu as obtenu des deux côtés.
Elsa
Oui, c'est ce que j'ai obtenu des deux côtés. Et ça c'est très important. On ne peut pas avoir un sujet en tête et puis directement postuler, c'est quelque chose qui se prépare longtemps avant.
Blandine
Ok.
Elsa
Comme tu l'as dit, je travaille donc sur la représentation des relations de corps et de cœur entre les Français et les Allemands pendant la seconde guerre mondiale dans la littérature française et allemande. J'aborde les histoires d'amour, mais pas qu'eux. J'aborde aussi des sujets qui sont moins sympas dans ma thèse.
Je parle aussi des viols, de la prostitution, de l'espionnage et je mets en avant le fait que ces relations intimes ont longtemps été taboues et que peu d'écrivains ont osé s'emparer de ce sujet. En évoquant les relations intimes, je ne pouvais pas non plus écarter la question des enfants franco-allemands qui sont nés de cette union.
Donc j'en parle aussi dans ma thèse.
Et en fait oui, la cotutelle, puisque je fais une thèse en cotutelle, c'était un choix assez évident dans la mesure où mon sujet de recherche interroge précisément les relations franco-allemandes. C’est un sujet qui s'inscrit dans un dialogue intellectuel transnational. La cotutelle coulait de source par rapport au sujet de recherche que j'avais choisi.
Blandine
Et dans quelle langue vas-tu devoir rédiger ta thèse ?
Elsa
Alors c'est au choix. C'est à dire qu'on peut rédiger notre thèse soit en allemand, soit en français. Moi, je rédige en français. En revanche, la soutenance devra être en allemand. Si on rédige en allemand, la soutenance est en français. Si on rédige en français, la soutenance est en allemand. Voilà.
Blandine
Et dans quel pays, dans quelle université alors ?
Elsa
J’ai décidé de le faire à Aix-en-Provence, parce que la cotutelle, ça permet d'avoir deux perspectives différentes. Donc la perspective française et la perspective allemande et les universités françaises et allemandes n'ont pas les mêmes méthodes, je dirais. On travaille de manière différente. En France, tout le monde peut venir assister à notre soutenance.
C'est un moment, je dirais, qui est plutôt convivial. Enfin je ne sais pas, peut être que j'exagère parce que c'est quand même une étape difficile à passer, mais en Allemagne, on est seul face au jury. Moi, ce que je voulais, c'est que ma famille puisse assister à ma soutenance, que je puisse inviter mes proches lors de ce jour important. Donc c'est pour cela que je préfère le faire en France. Puis comme ma famille est en France, c'est plus facile pour le déplacement.
Blandine
Donc c'est une sorte de juridiction qui fait qu'en Allemagne tu es juste devant un jury de combien de personnes ?
Elsa
Alors cela dépend, je n’ai pas encore décidé de qui serait présent pour mon jury. Mais en Allemagne oui, on est seul face au jury alors qu'en France ce n’est pas le cas.
Blandine
C'est intéressant et je suppose que tu ne vis pas d'amour et d'eau fraîche. Comment fonctionne le financement d'une cotutelle ? Comment ça se passe pour toi ?
Elsa
C’est ce que je disais avec l’importance d’avoir un projet solide. Moi, j'ai obtenu un financement de la part de l'UFA et donc tout ça, ça se prépare, il y a des deadlines, il faut les respecter. C'est pour ça que je conseille de le faire sur toute une année.
J’ai obtenu un financement de la part de l'université franco-allemande, donc ça me permet de vivre. Puis quand on fait une thèse en cotutelle, on a aussi la possibilité d'avoir des bourses de mobilité. Comme je participe à des séminaires, à des colloques et des journées d'étude dans les deux pays, cette bourse à la mobilité de la part de l'université franco-allemande m'aide à partir sans me soucier de l'argent que je vais dépenser sur place.
Blandine
C'est très important.
Elsa
Oui, c'est important.
Blandine
j'ai une dernière question concernant cette thèse. Quand vas-tu la présenter ? Et puis quelles idées professionnelles tu as derrière la tête après l'accomplissement de cette thèse ?
Elsa
Oui. Alors ce que j'ai derrière la tête ? Je dirais qu’en tout cas, ce que l’on peut me souhaiter, c'est de poursuivre une carrière académique. Ce que j'aimerais obtenir par la suite, c’est un poste fixe à l'université pour pouvoir vivre de mes deux passions, c'est à dire l'enseignement et la recherche. Je souhaite continuer dans cette voie, dans cette lignée.
Et quelle était ta deuxième question ?
Blandine
C'était quel est l'avenir professionnel que tu as en tête donc la recherche et l'enseignement dans une université et tu as déjà spontanément pensé déjà à l'Allemagne ou la France ?
Elsa
Actuellement j'ai envie de rester en Allemagne, je me sens très bien en Allemagne. Alors je ne sais pas comment ça sera dans un an, dans quelques années, mais là aujourd'hui, j'ai envie de rester en Allemagne. Je me sens extrêmement bien là où je suis et puis je trouve que c'est un enrichissement incroyable d'être dans un pays qui n'est pas le nôtre.
J'apprends des choses tous les jours, donc j'ai envie de rester ici.
Blandine
Et quels conseils tu donnerais à toutes les personnes motivées pour faire une cotutelle ? Peut-être au niveau logistique, mais aussi au niveau du cœur ?
Elsa
Oui alors peut être que je peux expliquer avant ce qu’est une cotutelle, parce que je ne sais pas si les personnes qui nous écoutent savent vraiment ce que c'est qu'une cotutelle. Je ne sais pas si je l'ai vraiment bien expliqué au début, mais une cotutelle, c'est une thèse entre deux universités. Donc dans mon cas, c'est l'université d'Aix en Provence et l'université Tübingen.
Et en fait cette cotutelle, ce qui est important, c'est qu'elle repose sur un encadrement scientifique des deux côtés. J'ai une perspective du côté français, avec ma première directrice de thèse, qui est Madame Colin, et puis j'ai une perspective allemande avec ma deuxième directrice de thèse, qui est Madame Kimmich. Sur le plan pratique de la cotutelle, elle permet une mobilité entre les deux pays puisque normalement on fait deux ans, soit en France, soit en Allemagne, une année dans l’autre pays. C'est à dire que l’on partage notre temps de recherche entre la France et l'Allemagne et ça nous permet de participer, c'est ce que je disais, aux séminaires, aux colloques ou aux manifestations scientifiques, dans les deux pays. Puis, professionnellement, ça aussi je l'ai dit, mais je souhaite vraiment insister là-dessus, c'est que la cotutelle, elle constitue vraiment un atout important puisqu'elle confère vraiment une reconnaissance institutionnelle dans les deux pays.
Donc ça va forcément faciliter l'intégration dans les réseaux scientifiques ou les perspectives académiques dans les deux pays.
Blandine
Voilà, cela fait de toi professionnellement une personne spécialiste des deux cultures.
Elsa
Oui, puis ma thèse sera reconnue comme si j'avais été allemande et que j'avais fait une thèse en Allemagne. C'est quand même …
Blandine
Un grand bénéfice
Elsa
Oui, et on fait des expériences forcément dans les deux pays. Donc ça, c'est super parce que je dirais que, sur le côté personnel, maintenant, j'ai des amis dans les deux pays, je travaille, j'écris, j'échange dans les deux langues. Donc oui, d'un point de vue intellectuel et personnel, c’est une richesse incroyable de faire une cotutelle.
Blandine
On pourrait dire vive l'Europe, non ? Vive l'amitié franco-allemande et vive l'Europe ! Alors Elsa, nous allons terminer et qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour 2026 ?
Elsa
Ce que l'on peut me souhaiter pour 2026 ? C’est que mes projets professionnels se réalisent. En tout cas que je reste à l'université car c'est ce que je souhaite vraiment faire, rester là. Oui, je me sens extrêmement bien. En travaillant avec des étudiants, j'ai découvert que c'était une réelle passion pour moi l'enseignement et la recherche. C'est quand même incroyable d'être financée pour faire quelque chose qui me passionne.
Et puis peut être aussi ce que je pourrais ajouter, parce qu'on n'en a pas encore parlé, c'est le collège doctoral franco-allemand.
Blandine
Voilà.
Elsa
Conflits de culture, cultures de conflit. Parce que moi, je fais partie de ce collège doctoral.
Blandine
Et qu'est-ce que c'est ? Comment il fonctionne ?
Elsa
Ce collège doctoral « conflits de culture, cultures de conflit » encourage vraiment les approches interdisciplinaires et les perspectives croisées de la recherche. Moi, c'est grâce aux CDFA que j'ai pu entreprendre une thèse en cotutelle parce qu'il y avait vraiment ce côté franco-allemand avec le CDFA et en fait le CDFA ne regroupe pas que l'université d'Aix en Provence et l'université Tübingen.
Il y a également l'université de Düsseldorf qui fait partie de ce collège doctoral.On peut également choisir d'avoir un directeur ou une directrice de thèse à Düsseldorf. Comme je le disais, le CDFA est interdisciplinaire. Moi, l'interdisciplinarité, c'est ce qui me passionnait parce que mon master était interdisciplinaire et mon sujet de thèse est interdisciplinaire également, parce que même si c'est un sujet littéraire, il y a un ancrage historique qui est forcément présent.
Blandine
C’est un beau débat sociétal
Elsa
Et c'est ce que le CDFA fait. Il réunit des chercheurs et des chercheuses issues des études littéraires, d'histoire, de philosophie, d'anthropologie et d'histoire de l'art. Le CDFA s'est également élargi puisque maintenant il englobe aussi non seulement les conflits entre la France et l'Allemagne, mais aussi les conflits culturels internes liés par exemple aux phénomènes migratoires, à l'accueil des réfugiés, à l'exil, à la radicalisation par exemple identitaires de certains groupes, mais tout en gardant toujours, une perspective historique et contemporaine.
Je souhaitais aussi le mentionner, parce que le CDFA, le collège doctoral franco-allemand, c'est ce qui m'a permis de faire une cotutelle. Donc ce collège doctoral, il est dirigé par trois professeures, Nicole Colin, ma première directrice, Dorothée Kimmich, ma deuxième directrice et puis Andréa Hülsen-Esch qui elle, est à l'université de Düsseldorf.
Blandine
Voilà, très intéressant, avec des thématiques vraiment d'actualité.
Elsa
Oui, oui, tout à fait.
Blandine
Eh bien Elsa, on va se quitter. Je te souhaite plein de bonnes choses pour 2026 et pour ton avenir.
Elsa
Merci beaucoup Blandine, je te remercie. Je te souhaite également plein de belles choses pour 2026.
Blandine
Merci, Au revoir Elsa